dimanche 3 octobre 2004 :: par Thierry Gagnon

Quartier lointain

de Jirô Taniguchi (Casterman Écriture)

Un homme se retrouve dans le passé à l’âge de 14 ans et doit revivre un moment crucial de sa vie. Lorsqu’il se rencontre qu’il peut influencer le cours des évènements, il décide de trouver un moyen d’empêcher son père d’abandonner sa famille.

« Quartier lointain » est un voyage à travers l’enfance, les souvenirs et les petits gestes qui façonnent une vie. Taniguchi explore de façon convaincante et touchante l’expérience de revivre sa propre enfance tout en gardant son savoir et son expérience d’adulte. Soudainement, l’école n’est plus une corvée mais une activité tout à fait distrayante. La plus belle fille de l’école, autrefois distante et intouchables se révèle n’être qu’une fillettes insécure et vulnérable, fascinées par ce jeune homme soudainement si mature. Mais si on peut refaire sa vie et tomber en amour avec une nouvelle personne, qu’adviendra-il de la femme et des enfants que l’on a laissés derrière nous, dans le futur ?

Couverture du tôme 2Si ce livre avait été un film de Walt Disney, la situation « homme dans le corps d’un enfant » aurait certainement été prétexte à multitude de pitreries et quiproquos. Au contraire, dans « Quartier lointain », Taniguchi utilise cette prémisse fantastique pour faire une réflexion sérieuse et chargée d’émotion. D’un moment à l’autre, on peut passer de l’allégresse à posséder un jeune corps en santé à la détresse de côtoyer un ancien ami dont on a assisté aux funérailles.

Jirô Taniguchi est un de mes auteurs de bandes dessinées japonaises (manga) favori. Je l’ai découvert, il y a de cela plusieurs années, avec « L’homme qui marche » et j’attendais avec impatience la traduction de ses autres œuvres. Dès les premières pages de « Quartier lointain », j’ai su que j’avais retrouvé la magie Taniguchi que j’avais tant appréciée.

Ce qui distingue Taniguchi de la majorité des auteurs de manga, c’est les sujets très littéraires de ses histoires (les relations familiales, la nostalgie, l’introspection, etc.), son approche narrative douce et lente, son appréciation constante de la nature et l’aspect très européen de son graphisme. On y décèle aussi un lien très étroit avec la littérature et l’histoire japonaise. Autre grande différence : il n’y a pas de méchants à combattre dans ses histoires, ni d’armes, ni de magie, ni de robots, ni d’art martiaux. On pourrait dire que l’œuvre de Taniguchi est idéale pour ceux qui détestent les manga car elle en est presque l’antithèse. Il est certainement le plus européen des auteurs qui ont été traduits à ce jour.

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Extrait du tome 2

L’adaptation de Frédéric Boilet (lui aussi un excellent auteur de bande dessinée, soit-dit en passant) se lit toute seule et le livre, paru dans la collection « Casterman écritures », est magnifique. Un must !

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