L’aventurier de ma jeunesse – Hommage a Bob Morane


Chroniques littéraires / mardi, février 12th, 2019

Jour 5 : Dix jours, dix livres ayant eu sur moi un impact, quelle que soit l’époque. 

Bob Morane #29: Les géants de la Taïga

Un jour mon père tira de sa grande bibliothèque un livre aux allures vieillottes et le déposa dans mes mains de jeune lecteur. La couverture ne m’encourageait guère, avec sa large bande jaune aux allures désuètes, son illustration un peu ridicule d’un homme qui allait se faire piétiner par une patte d’éléphant poilue, et le logo sévère d’un oiseau marabout tenant un livre sous son aile. Le papier était jauni, et la typographie me paraissait intimidante et archaïque. Le livre s’intitulait Les Géants de la Taïga.

Malgré mes hésitations, je suivis les conseils paternels et donna une chance à cet étrange volume. Quelques heures plus tard, mon cerveau était officiellement explosé. Ce roman, précurseur de Jurassic Park de plusieurs décennies, racontait le clonage d’un troupeau de mammouths, entreprise qui a évidemment mal tourné. Heureusement, Bob Morane, l’éternel aventurier français à la chevelure en brosse, était là pour régler la situation! Ça y est, un accroc était né. Ces livres qui me paraissaient si vieillots devinrent soudainement très désirables…

Au final, j’en aurai lu plus de 100 épisodes différents. Bob Morane, c’est mon ouverture au roman, à la grande aventure!

Un vaste monde à découvrir

Bob Morane #20: Les chasseurs de dinosaursC’était durant les années 80. Durant le reste de mon adolescence, j’ai écumé avidement les bibliothèques et les librairies d’occasions afin d’amasser une collection sans cesse grandissante des aventures du « commandant » Morane. Mon regard était sans cesse aux aguets pour découvrir de nouvelles aventures de ce français aux doigts déformés par la pratique intense du jiu-jitsu, et de son robuste coéquipier écossais, Bill Ballantine, gigantesque écossais aux poings gros comme des jambons. Le défi était grand, car cette série, écrite par l’infatigable Henri Vernes, contient un nombre invraisemblable de volumes, incluant aujourd’hui plus de 200 romans et 80 bandes dessinées publiés à travers plus d’un demi-siècle d’existence.

Bob Morane #149 - Le soleil de l'Ombre JauneCe qui est impressionnant dans la série Bob Morane est la versatilité des thèmes, tous très virils, qui s’y côtoient, incluant les territoires exotiques, les mondes perdus, le voyage dans le temps, le fantastique, l’espionnage, le roman policier, etc. Peu importe les thèmes, l’aventure demeure au centre de chacune des histoires.

La galerie de ses ennemis est aussi légendaire, avec en tête de liste son plus grand adversaire, l’immortel Monsieur Ming, alias L’Ombre Jaune. La liste des méfaits de ce vilain aux multiples clones ne connait pas de limites, et se répand dans le temps et l’espace. La menace de l’Ombre Jaune allait même croiser parfois les frasques de certains autres méchants, comme le redoutable Tigre et l’aguichante Miss Ylang-Ylang.

Bob Morane : Corps à corps avec Ylang-Ylang (intégrale)Au fil de ses aventures, Bob côtoiera souvent de belles femmes courageuses avec qui il partagera ses aventures de baroudeur sans peur et sans reproche. Il est vrai qu’en général, ces dames demeureront souvent interchangeables dans leur physique et personnalité. Romans destinés pour la jeunesse voulant, ces relations ne dépasseront jamais le cap de l’admiration mutuelle et demeurent aussi obstinément platoniques. Le comble de l’ironie, le plus grand amour de Bob Morane demeurera la fière Tania Orloff, la fille de l’Ombre Jaune, ce qui condamnera cette romance à ne jamais fleurir au-delà des belles déclarations.

Mon époque favorite

Bob Morane #146: Les plaines d'AnankéLa période que je préfère se situe environ entre les numéros 110 et 150, ce qui représente la fin des éditions Marabout et les quelques années couvertes par la Librairie des Champs Elysées. Tous ces livres avaient été publiés avant que je commence ma propre collection.

De cette période, je garde le souvenir des hauts concepts et de l’écriture épurée du Cycle d’Ananké (un monde dément composé de murailles qui ne peuvent être franchies que d’un sens, rempli de créatures et de pièges tous aussi tordus que cruels – anticipant les mondes fantastiques des jeux vidéos de plusieurs décennies), du Cycle du Temps (Bob et Bill pourchassent l’Ombre Jaune à travers le temps et dans l’espace pour contrer ses plans machiavéliques), du Cycle du Tigre (un clochard développé des pouvoirs psychiques et une intelligence extraordinaire après s’être fait injecter la mémoire de 14 scientifiques et d’un tigre) et les romans policiers Le Sentier de la guerre et La Malle à malice.

Cette époque, qui était déjà révolue lorsque j’ai débuté ma collection, était aussi caractérisée par des couvertures dynamiques et sophistiquées de Pierre Joubert et Henri Lievens qui semblaient chercher à rejoindre un public plus âgé.

Bob Morane #33: La couronne de Golconde (Bibliothèque verte)Cette tendance a été renversée lorsque notre héros fut publié chez la Bibliothèque verte, puis Fleuve Noir, Lefrancq, et Ananké. Le graphisme des couvertures prit une facture de style bande dessinée plus orienté vers la jeunesse. L’écart entre le monde qui se déployait dans ma tête à la lecture de ces romans et ce style d’illustration était trop grand et j’en vins à abandonner la série.

Bob Morane au Québec (Intégrale)De nos jours, les aventures de Bob Morane sont à présent publiées par les éditions Aanké en Europe et au Québec par Perro Éditeur. On y trouve des nouvelles publications ainsi que des rééditions de certains classiques, incluant le recueil Bob Morane au Québec qui regroupe les trois aventures du héros qui se déroulent au Québec.

Son influence 

Même si je ne visite plus que rarement le monde de Bob Morane, l’influence de cette série sur ma propre écriture reste considérable. Par exemple, alors que le titre de mon roman « Kimiko aux Enfers » s’inspirait des titres de Tintin du style “Tintin au Tibet”, le titre de mon prochain roman, « Le châtiment de Prométhée » évoquerait « Le châtiment de l’Ombre Jaune ».

Aussi, dans mon autre roman, intitulé « La Boue », on trouve des éléments directement inspirés du cycle d’Ananké, notamment un vaste charnier immonde et un grand arbre protecteur dans un désert impitoyable.

Il est certain que les souvenirs de mes lectures des romans de Bob Morane sont teintés par la nostalgie. Il me serait plus difficile aujourd’hui d’apprécier autant les répétitions et maniérismes typiques de la série. Ceci dit, lorsque j’écris mes romans, je vais puiser dans les émotions que je ressentais lors de mes lectures d’enfance, et je cherche à retrouver cet émerveillement, ce sentiment d’aventure.

Par-dessus tout, je me rappelle de cette impression, lorsque je lisais mes Bob Morane, qu’il y avait là un écrivain qui respectait mon intelligence et qui s’adressait à moi comme à un adulte, tout en respectant ce qui me restait d’enfance, alors que je naviguais les courants tumultueux de mon adolescence.

Merci Bob Borane. Merci Henri Vernes. Merci papa.

Liens

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.