Genèse de la couverture de Kimiko

La genèse de la couverture de Kimiko aux Enfers

Couverture de Kimiko aux Enfers
Version finale de la couverture (2014).

J’aimerais partager avec vous le processus créatif derrière la conception de la couverture de mon roman Kimiko aux Enfers.

Trouver le bon ton et le bon style n’a pas été chose facile!

Pour moi, la couverture devait suggérer un monde mythologique ancien tout en incluant des éléments modernes, intriguer sans être racoleur, communiquer une menace sans donner l’impression d’un livre d’horreur, avoir un ton qui pourrait à la fois attirer un adulte ou un adolescent, et finalement être graphiquement de haute qualité.

C’est en 2010, près de 10 ans après avoir début l’écriture du roman,  et 25 ans après avoir commencé le développement de l’histoire, que j’ai finalement décidé de débuter le processus de révision et de soumission du livre qui allait devenir Kimiko aux Enfers. J’allais devoir attendre trois autres années avant que le livre aboutisse enfin dans la collection de NUM Éditeur — mais cette épopée sera pour une autre chronique!

En 2012, après avoir essuyé plusieurs refus de la part d’éditeurs, je contemplais l’auto-édition. Il me fallait donc réfléchir à une couverture que j’allais produire en collaboration avec mon copain Mathieu Pigeon, le coscénariste du livre. À ce moment, le titre n’était pas encore final et oscillait entre « Prométhée en Enfer » ou « La traversée infernale ».

Esquisse de couverture
Esquisse rapide pour un projet de couverture (2010).

J’ai tout d’abord esquissé différentes approches de couvertures mettant en vedette les personnages principaux du livre, c’est-à-dire Kimiko, Prométhée et Hermès. Je pensais aussi inclure des créatures mythologiques, comme Cerbère ou des harpies.

Par exemple, l’esquisse ci-joint représente une tentative de mettre en scène les trois personnages alors qu’ils progressent dans l’obscurité des enfers sous la lumière du caducée. Les yeux de braise de Cerbère, le chien géant à trois têtes, les observaient de façon menaçante en arrière-plan. Je cherchais un effet « totem » avec les têtes des personnages empilés l’une sur l’autre (comme dans tant d’affiches de film).

Prométhée et Kimiko-1999
Étude de personnages — Prométhée et Kimiko (Mathieu Pigeon, 1999).

Cette esquisse est très brouillonne et représente plus une recherche de composition qu’un effort de représenter les personnages correctement. Le plan à l’époque était que Mathieu illustre la couverture. Finalement, ce projet de couverture a été abandonné, notamment parce que Mathieu et moi avions cessé de dessiner sérieusement depuis plus de 10 ans.

J’ai donc passé aux montages photo pour trouver une solution.

Kimiko aux enfers - maquette de couverture non-utilisée (2013)
Maquette pour l’édition à compte d’auteur (non utilisée).

En 2013, alors que je planifiais sérieusement de publier le livre à compte d’auteur, j’avais créé une maquette de couverture qui évoquait le Parthénon, le lieu de départ de l’intrigue. Ces ruines évoquaient à la fois la Grèce antique ainsi que le monde moderne par leur décrépitude.

Mais ce n’était pas suffisant. Après plusieurs essais,  j’ai trouvé qu’en inversant l’image du Parthénon, avec un ciel bleu qui fondait vers la nuit, j’ajoutais un élément de menace et de surnaturel – ainsi qu’une touche d’humour, comme s’il allait nous tomber sur la tête.

En 2014, lorsque mon manuscrit a été accepté chez NUM éditeur, j’ai finalement décidé que le titre du livre soit « Kimiko aux Enfers ». Avec un tel titre, il devenait nécessaire que le coeur de la couverture soit Kimiko elle-même. Un nouveau concept devenait donc nécessaire.

Logo NUM ÉditeurJ’ai le privilège de travailler avec un éditeur (Gaétan Picard, fondateur de NUM Éditeur) qui m’accorde un droit de regard sur la couverture du livre, ce qui n’est pas toujours le cas dans le monde de l’édition.

Gaétan m’a proposé plusieurs illustrateurs(trices) mais, malheureusement, les esquisses qui m’avaient été présentées ne collaient pas à l’esprit que nous recherchions. Certains ont aussi été effarouchés par mes interventions, ce que je comprends. Il y a des bonnes raisons pourquoi les auteurs sont rarement impliqués dans la conception de leur couverture. Aucun résultat ne peut arriver à la hauteur des idéaux que l’on porte dans notre tête et ces pauvres artistes ne pouvaient pas deviner ce qui me plaira ou non, et les pages de commentaires que je leur soumettaient ne faisaient que compliquer les choses. Nous étions à une impasse.

Première esquisse de montage photo.

Finalement, Gaétan  m’a proposé un montage photo de son cru que j’ai trouvé fort intéressant: un enfant perdu au milieu d’une plaine désertique sous un ciel couvert. Gaétan savait ce que nous recherchions et il a su trouver une solution qui collait très bien à l’esprit du livre, et ce même si elle ne correspondait pas directement à mes instructions. Par contre, je trouvais cette maquette un peu terne et les nuages m’embêtaient, car je décrivais le ciel des Enfers comme étant complètement noir et sans étoiles.

Maquette de la couverture
Noircissement de la couverture et ajustement des couleurs.

J’ai donc ouvert la maquette dans un logiciel de traitement d’image (Gimp) et j’ai rapidement fait quelques interventions afin d’amener l’image plus près de ma conception des Enfers et lui donner une ambiance plus spécifique. En ajustant les couleurs et la luminosité de l’image, j’ai pu établir le ton recherché. J’ai noirci le ciel, suggérant l’apparence du plafond d’une gigantesque grotte. J’ai ensuite noirci les contours de l’image comme si la source de lumière était Kimiko elle-même. Finalement, j’ai ajusté les couleurs afin que la lumière ait une teinte turquoise fluo, comme la lueur du Styx dans l’histoire.

Ajout de l’ombre portée.

J’ai ensuite voulu suggérer le chemin qu’elle avait parcouru en estompant une ligne dans le sol derrière elle.  Cette ligne est finalement devenue une ombre portée pointant vers le centre de l’image un peu comme l’aiguille d’un cadrant, donnant aussi l’impression subtile que la noirceur environnante cherchait à rejoindre Kimiko.

Le résultat était maintenant tout à fait dans le ton du livre, mais un détail manquait: comment suggérer me manière plus prononcée l’aspect mythologique du livre?

Je me suis dit qu’ajouter un symbole graphique inspiré de la mythologie pourrait non seulement appuyer ce point, mais aussi devenir utile dans la promotion du livre sous forme de logo. Le caducée de Hermès me semblait le choix évident, cet objet ayant un rôle si important dans l’histoire, mais je ne voulais pas utiliser la représentation habituelle que je trouve trop rigide (et que les gens associent aux pharmacies et aux livreurs de fleurs). Mon symbole allait être plus organique, moins symétrique et mettre plus l’emphase sur le fait qu’il contenait deux serpents vivants. J’ai fait quelques esquisses sur papier et j’ai vite trouvé le style désiré. Afin de me donner un maximum de flexibilité, j’ai dessiné séparément les trois éléments principaux (le bâton de marche et les deux serpents) que j’ai ensuite importés dans un logiciel de traitement d’image vectoriel (Inkspace) afin de les assembler avec la position, rotation, et taille qui me semblait idéale.

Couverture de Kimiko aux Enfers
Version finale de la couverture (2014).

Et puis hop! On colore le symbole en turquoise et on le place au centre de la couverture. Un effet inattendu : l’apparence pointue du symbole et sa position au-dessus de la tête de Kimiko ajoutent à l’atmosphère menaçante de la couverture, comme si une épée de Damoclès pendait sur elle. Il s’installe aussi une dynamique visuelle entre le symbole, l’ombre portée de Kimiko, et le cercle de lumière qui l’entoure, faisant en sorte que tous les éléments de la couverture dirigent l’attention au centre de l’image, à cette petite Kimiko qui paraît si vulnérable, mais qui a tant de courage.

Je soumets le tout à Gaétan qui applique mes suggestions sur le document maître, tout en y apportant sa propre sensibilité de graphiste chevronné. Le résultat: un beau travail d’équipe! Et voilà qu’une nouvelle couverture s’ajoute à l’excellente collection de NUM Éditeur. Merci Mathieu et Gaétan! J’ai hâte de voir ce que la couverture du prochain volume, « Le châtiment de Prométhée », aura l’air…!

kimiko_crop
Détail de la couverture

PS: Une note concernant les différences entre le texte du roman et sa couverture. Kimiko portait bien un sac d’école dans le manuscrit au moment de la conception de la couverture, mais ce détail a été retiré dans une révision subséquente afin d’alléger le texte. L’enfant sur la couverture porte aussi des vêtements d’hiver, ce qui est contraire à l’histoire. Par contre, nous avons décidé que l’image était trop parfaite malgré ces anachronismes et nous l’avons gardé tel quel. Il arrive souvent qu’une couverture ne soit pas une représentation exacte du détail de l’histoire, même si elle en respecte l’esprit. C’est le cas ici. 🙂

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